Tout d'abord, en quoi consiste le langage sms ? Il s'agit au départ d'écrire de manière à réduire le nombre de lettres. Pour cela, il y a plusieurs stratégies :
- on utilise des abréviations, en oubliant les voyelles le plus souvent. ex : bjr !
- on écrit en phonétique en oubliant l'orthographe. ex : jamé
- on construit des rebuts en se servant du nom des lettres et des nombres pour exprimer des sons. ex : 2m1
J'ai classé ces procédés par ordre de "gravité". Le dernier cité est bel et bien le pire car il détourne l'usage normal des lettres et des nombres. On se contente de communiquer un son que le
lecteur devra déchiffrer. Et là, je touche d'emblée du doigt le fond du problème. "1" n'est plus l'idée, le concept mathématique, mais devient un son ! Ou même plusieurs (*). Quand on écrit "C" par
exemple, qu'est-ce que cela peut signifier ? ses, ces, "sais", "sait", "c'est' [è], "s'est" [è].
Quelle belle transition pour en arriver à l'écriture phonétique ! En effet, les sons ne sont pas toujours bien rapporté comme dans "jamé". Mais, je pense que le plus grave est, là encore, la perte
de sens. "é" signifie-t-il "et", "ai" ou "est" [è] ? Parfois, ce sont carrément des fautes de sens : "ça"/"sa", "ce"/"se".
Même quand il n'y a pas d'ambiguïté dans le sens ( ex :remplacer "qu' par "k"), je pense qu'écrire en phonétique est grave. Car les mots sont des idées avant d'être des sons. Ces idées s'expriment
par des sons ou par des écritures. Le mot écrit n'est pas une manière d'exprimer un son mais bien une idée. C'est un "logogramme"(**).
C'est en outre pour cette raison que l'abréviation est souvent plus acceptable, car il conserve les vestiges de l'orthographe. ex : tjs, càd, tt, ns ...
Que retenir de cette réflexion ?
- Dans l'esprit humain, l'idée précède la parole et l'écriture. Et je pense qu'il s'agit d'un principe bien plus général qui rejoint la métaphysique. Car la réalité est décrite
par des mots, des discours, ou des équations mathématiques ("logos").
- Application pour l'éducation de nos enfants... leur apprendre des mots, i.e. d'abord des idées, des concepts, et par là même
leur apprendre à définir les "choses". Notons que "chose" et "cause" ont la même étymologie... à méditer ! (***)
- L'étymologie est une science passionnante car elle nous montre l'évolution des mots c'est-à-dire, des sons, du mot écrit et du sens de ces mots.
(*) Je n'aie appris la différence entre [un] et [in] que très récemment. Pour dire [un], on ouvre la bouche comme pour dire [eu]. Pour dire [in], on ouvre la bouche comme pour dire [é]. La
prononciation des mots est très intéressante...
ex : je donnais [è], je donnai [é], je donnerai [é], je donnerais [è]... retenir que "ai" en fin de mot se prononce [é], mais [è] c'est [è] faux pour vrai [è] ... et sais [é],
sait [é], vais [é] !!! C'est [è] rigolo, n'est-ce [è] pas ? (cf WIKIPEDIA)
(**) Un logogramme notant un élément abstrait de la réalité est un idéogramme. Celui qui représente directement, en le dessinant, un élément concret de la réalité est un pictogramme. (cf
WIKIPEDIA)
(***) En science, on recherche les causes, les lois des phénomènes, pour comprendre et agir sur la réalité... les choses.