Science du Climat : Est-elle de nos jours, apte à répondre aux questions ?
Richard S. Lindzen
Programme Atmosphère, Océans et Climat
Massachusetts Institute of Technology
Version en français. Traduction : Ben, Jean Martin, Jean-Michel Reboul.
En raison de divers facteurs culturels, organisationnels et politiques mutuellement imbriqués, les progrès dans les sciences du climat et les solutions réelles trouvées aux problèmes scientifiques
de ce domaine avancent d’une manière beaucoup plus lente que ce qui serait normalement possible. Aucun de ces facteurs n’est spécifique à la climatologie, mais la grande influence du facteur
politique y a amplifié le rôle des deux autres.
Par facteurs culturels, j’entends en premier lieu le changement de paradigme scientifique qui nous a fait passer de la complémentarité classique entre théorie et observation à une préférence
marquée pour la simulation et les programmes d’observation. Le nouveau paradigme a eu pour effet d’éliminer presque complètement le point de vue dialectique de l’ancien. Alors que ce dernier était
un vrai outil de progrès, le nouveau se montre beaucoup moins efficace.
Le facteur institutionnel présente plusieurs aspects. L’un est la croissance désordonnée de l’administration dans les universités, avec pour conséquence une importance accrue de la dépendance aux
financements. Cela conduit à mettre l’accent sur de gros programmes qui ne finissent jamais. Un autre aspect est la nature hiérarchique des sociétés savantes dans lesquelles un petit conseil
exécutif peut s’exprimer au nom de milliers de scientifiques et dispose du pouvoir de manier la carotte et le bâton, faisant et défaisant les réputations.
Tous ces facteurs sont aggravés par le besoin de financements publics. Lorsqu’un sujet devient un élément crucial d’un programme politique, comme c’est le cas pour le climat, les positions qui
conviennent aux politiques deviennent un but à atteindre, et non le résultat de recherches scientifiques.
Cet article s’intéresse aux origines de ces changements culturels, ainsi qu’à des exemples spécifiques concernant la manière dont ces facteurs opèrent et s’entremêlent. En particulier, nous
montrons comment le personnel politique agit pour contrôler les institutions scientifiques, comment des scientifiques ajustent leurs données, voire leurs théories, pour les faire entrer dans le
moule du politiquement correct ; comment, enfin, l’on parvient à museler toute opposition.